Lorsque Mary pénètre dans les Backrooms pour la première fois, elle finit par atteindre l'extrémité d'un couloir où se dresse une immense fresque murale. Cette peinture dissimule de nombreux détails inquiétants et semble étroitement liée à l'une des œuvres les plus effrayantes de l'histoire de l'art.
Les origines de la fresque
Pour décoder cette œuvre, un retour de quelques années en arrière s'impose. Cette fresque présente des similitudes frappantes avec celle visible dans l'épisode Found Footage #1 de la websérie. Dans les deux cas, l'entité occupe le centre de la composition, surmontée d'une fenêtre. L'auteur et les motivations derrière cette création restent inconnus.
Il est d'ailleurs intéressant de noter que cet épisode se déroule en 1991, soit un an après les événements du film. Le deuxième opus apportera peut-être des réponses à ce sujet.
Avant d'analyser la fresque en elle-même, une question cruciale se pose : qui l'a dessinée ? Sa hauteur vertigineuse a poussé de nombreux théoriciens à désigner Captain Clark. Une observation attentive confirme cette hypothèse : on distingue des empreintes de mains humaines réalisées à la peinture. De plus, la pièce regorge de meubles qu'il est aisé d'empiler pour atteindre une telle hauteur. Clark est donc indubitablement l'artiste derrière cette œuvre truffée de détails troublants.
La partie gauche : chronologie et fonctionnement
Sur la partie gauche de la fresque, plusieurs maisons s'emboîtent les unes dans les autres. En bas, un éclair bleu symbolisant l'électricité côtoie un mur déformé à son sommet. Juste à côté figurent un employé d'ASYNC ainsi qu'un calendrier. Cet ensemble s'apparente à une timeline des événements du début du film, mais aussi à une modélisation du fonctionnement des Backrooms : les maisons représenteraient le magasin de Clark, l'éclair figurerait les anomalies électriques, et le mur incarnerait la null zone.
Le texte inscrit juste en dessous interpelle le lecteur :
« Pourquoi penser en terme de magie ? Soyez réaliste ! L'ici et le maintenant sont une rue à double sens. »
En anglais, l'expression « une rue à double sens » fait référence à un mécanisme bidirectionnel impliquant une influence réciproque. Les Backrooms ne relèvent pas de la magie, mais d'un phénomène scientifique opérant entre notre monde et cet espace.
Un autre détail textuel majeur jouxte les maisons :
« Le plan a encore changé. Le toit est faux, le toit est faux. Je ne sais pas qui a signé ces plans mais l'écriture ressemble à la mienne. »
Si l'on assimile ces plans à la mémoire, l'altération des plans signifie que les souvenirs sont constamment réécrits. Les mentions sur la fausseté du toit symbolisent les erreurs mémorielles, illustrant l'incapacité des Backrooms à reproduire la réalité à la perfection. Enfin, la signature évoque les propres souvenirs de Clark : bien que l'écriture soit la sienne, il devient incapable de discerner ce qui provient réellement de lui.
L'évolution des still lifes
Plus bas, on peut lire la phrase suivante : « Les tables ne saigne pas du sang ». Les illustrations adjacentes montrant des individus enfoncés à moitié dans le sol ou cette lampe rappelant un personnage précis font écho à des scènes connues. Il s'agit très probablement d'une référence au still life, ces versions altérées d'êtres humains réels.
À un stade d'évolution supérieur se trouvent les life form. Ces formes de vie sont plus développées car davantage étudiées par les Backrooms, comme l'illustre ici le dessin de Captain Clark. Ce dernier siège sur un trône dont les racines s'enfoncent dans le sol, matérialisant son influence prépondérante sur les lieux. Au-dessus de lui, Clark semble soulever un personnage jaune en direction d'une fenêtre. Cette fenêtre évoque immédiatement le livre de Mary, mais surtout le message vocal laissé par Clark après sa décision de s'installer définitivement dans les Backrooms : « J'ai ouvert la fenêtre, je ne reviendrais pas ». Un message qui illustre son choix de quitter le monde réel.
La partie droite : les traumatismes de Clark et ASYNC
La section droite du dessin se concentre sur les traumatismes personnels de l'artiste. Au bas, près du trône, figure l'inscription CAPITOL 0369 112. Si la séquence numérique reste mystérieuse, le mot Capitol renvoie directement à l'adresse du magasin de Clark. On y observe également des oiseaux rappelant les mouettes visibles et audibles dans les Backrooms ainsi qu'à proximité de sa boutique.
À côté de ce texte, un cube renferme un personnage cerné de bouches, surmonté de grues et de bâtiments en chantier. Ce personnage symbolise Clark, tandis que les bouches représentent les pressions psychologiques qui le consument : sa femme, ses clients, ses dettes ou sa propre culpabilité. Au-dessus est représenté son rêve brisé de devenir architecte, souligné par la mention en majuscules NON REALISE. C'est de ce marasme que le Captain extrait le personnage en silhouette jaune, une couleur synonyme d'optimisme et de clarté, marquant sa libération de tous ses problèmes.
La zone adjacente est dédiée à ASYNC. La partie supérieure arbore un élément étrange qui évoque immédiatement le Low-Proximity Magnetic Distortion System, la machine permettant de générer des portails vers les Backrooms. En dessous, l'inscription « La porte de sortie a déclenché ta naissance » surplombe des employés en combinaison jaune. Cela indique qu'ASYNC a involontairement engendré une entité ou un phénomène en ouvrant ce passage.
Le lien avec Francisco Goya
La fresque trouve sa résonance la plus sombre dans l'histoire de l'art. Elle vous fait peut-être penser à la scène où le Capitaine soulève Clark, qui s'avère être une réinterprétation directe d'un chef-d'œuvre de Francisco Goya : Saturne dévorant son fils, une œuvre initialement peinte par l'artiste sur un mur de sa propre maison.
Dans la mythologie, Saturne décide de dévorer sa progéniture après avoir appris que l'un de ses enfants le détrônera, tout comme il avait lui-même renversé son père. Ce schéma se transpose à la relation entre Clark et le Capitaine : l'entité régnante cherche à détruire celui qui, en retrouvant la raison, menace sa position dominante.
Cette filiation artistique est d'ailleurs confirmée par Kane Pixels lui-même, qui a utilisé ce tableau exact pour illustrer la miniature YouTube d'une composition musicale sur sa chaîne secondaire Not Kane Parsons.